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Donner sa maison ou sa résidence secondaire de son vivant : donation et démembrement en Charente-Maritime

Résidence secondaire sur l’Île de Ré, maison de famille à Rochefort ou dans l’Aunis : transmettre un bien à ses enfants avant son décès, plutôt que d’attendre la succession, peut alléger fortement la fiscalité — à condition de choisir la bonne formule et de l’anticiper suffisamment tôt.

Donner de son vivant : pourquoi tant de propriétaires y pensent en Charente-Maritime

Sur le littoral rochelais, une part importante du patrimoine familial tient dans un bien immobilier : une maison à La Rochelle, une longère dans la plaine d’Aunis, ou une résidence secondaire sur l’Île de Ré ou à Oléron dont la valeur a fortement progressé depuis l’achat. Attendre le décès pour transmettre ce bien n’est pas neutre : entre l’indivision qui s’installe entre héritiers — décrite dans notre guide sur la succession immobilière — et des droits calculés sur la valeur totale du bien au jour du décès, la facture peut être lourde. Donner de son vivant, en pleine propriété ou en démembrement, permet au contraire d’étaler la transmission, de profiter plusieurs fois d’un abattement fiscal, et d’associer ses enfants à des décisions (garder, louer, vendre) pendant qu’on peut encore en discuter avec eux.

L’abattement de 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans

Chaque parent peut donner jusqu’à 100 000 € à chacun de ses enfants, en franchise totale de droits de donation, ce montant se renouvelant tous les quinze ans. Pour un couple avec deux enfants, cela représente jusqu’à 400 000 € transmis sans droits sur une seule génération de donations — et la possibilité de recommencer quinze ans plus tard. La loi de finances pour 2026 a gelé ce montant jusqu’au 31 décembre 2028 : il ne sera pas revalorisé sur cette période, ce qui n’enlève rien à son intérêt mais invite à ne pas attendre une hypothétique hausse pour agir. Au-delà de l’abattement, un barème progressif par tranches s’applique, identique à celui de la succession en ligne directe.

Le démembrement : donner la nue-propriété, garder l’usufruit

Plutôt que de donner la pleine propriété, beaucoup de propriétaires choisissent de démembrer le bien : ils donnent la nue-propriété à leurs enfants tout en conservant l’usufruit, c’est-à-dire le droit d’occuper le bien ou d’en percevoir les loyers jusqu’à leur décès. Au décès de l’usufruitier, les enfants récupèrent automatiquement la pleine propriété, sans droits ni formalité supplémentaire — c’est l’un des grands intérêts du dispositif.

Fiscalement, les droits de donation ne sont calculés que sur la valeur de la nue-propriété, pas sur la valeur totale du bien. Cette valeur dépend de l’âge de l’usufruitier au moment de la donation, selon le barème fixé par l’article 669 du code général des impôts :

Concrètement, un parent de 65 ans qui donne en nue-propriété une résidence secondaire de l’Île de Ré estimée à 400 000 € (à partir des ventes DVF réelles du secteur, seule référence fiable pour éviter un redressement) transmet une nue-propriété taxée sur 70 % de cette valeur, soit 280 000 €. Après abattement de 100 000 €, les droits ne portent plus que sur 180 000 € — bien moins que si le bien avait été donné, ou transmis par succession, en pleine propriété.

Ce que la recherche montre sur l’effet de la fiscalité sur les donations

Ce choix entre donner de son vivant et attendre la succession n’est pas qu’une question de calcul individuel : c’est un comportement statistiquement bien documenté. Une étude de référence de Luc Arrondel et Anne Laferrère, « Taxation and wealth transmission in France » (Journal of Public Economics, 2001), s’appuie sur des données administratives françaises et montre que les comportements de transmission réagissent fortement aux incitations fiscales : les donations ont fortement augmenté après l’allègement fiscal de 1992, passant d’environ 140 000 actes en 1991 à 218 000 en 1994, et la probabilité de donner à ses enfants est significativement plus élevée chez les propriétaires dont le patrimoine est soumis à un impôt sur la fortune. Ce dernier point résonne particulièrement pour les propriétaires de résidences secondaires sur l’Île de Ré ou à Oléron, dont la valeur peut faire basculer un foyer dans l’IFI : donner la nue-propriété d’un bien démembré en sort la valeur de l’assiette taxable du donateur, l’usufruitier n’étant imposé que sur la valeur de son usufruit.

Donation simple ou donation-partage : éviter les conflits futurs

Entre plusieurs enfants, la donation-partage est presque toujours préférable à une simple donation répétée. Elle fige la valeur des biens donnés au jour de l’acte, alors qu’une donation simple rapportée à une succession ultérieure est réévaluée à la valeur du bien au jour du décès — ce qui peut créer, des années plus tard, un déséquilibre entre un enfant ayant reçu un bien qui a beaucoup pris de valeur (une maison de l’Île de Ré, par exemple) et un autre ayant reçu une somme d’argent restée stable. La donation-partage évite ce recalcul et sécurise l’équilibre voulu entre héritiers, ce qui limite fortement le risque de contentieux au moment du règlement de la succession.

Les points de vigilance avant de démembrer

La perte de contrôle sur le bien

Une fois la nue-propriété donnée, le nu-propriétaire doit en principe donner son accord pour toute vente ou tout gros changement — sauf clause contraire prévue dans l’acte. Pour un parent qui envisage de revendre plus tard pour financer sa retraite ou une entrée en établissement, cette perte de liberté doit être anticipée avant de signer.

Le coût des travaux

La répartition des charges entre usufruitier et nu-propriétaire est encadrée par le code civil : l’usufruitier assume l’entretien courant, le nu-propriétaire les grosses réparations (toiture, murs porteurs). Sur une maison ancienne à rénover, mieux vaut clarifier cette répartition dans l’acte de donation plutôt que de laisser la loi trancher en cas de désaccord.

Les droits de donation restent dus, même en nue-propriété

Le démembrement réduit l’assiette taxable, il ne l’annule pas au-delà de l’abattement. Sur un bien de valeur élevée, notamment une propriété rétaise, un chiffrage préalable chez le notaire reste indispensable pour éviter une mauvaise surprise.

Donation, SCI ou attendre la succession : les alternatives à comparer

Le démembrement n’est pas la seule voie pour organiser une transmission anticipée. Loger le bien dans une SCI familiale permet de donner progressivement des parts sociales plutôt que des fractions physiques du bien, avec une gestion parfois plus souple entre plusieurs enfants. Le viager répond, lui, à une logique inverse : il s’adresse à un propriétaire qui veut se constituer un revenu en vendant à un tiers, pas transmettre à ses enfants. Et pour un propriétaire qui envisage une installation définitive sur le littoral à la retraite, notre guide sur l’installation à la retraite aide à situer la question de la donation dans une réflexion patrimoniale plus large. Dans tous les cas, la première étape reste de connaître la valeur réelle du bien à transmettre : une estimation gratuite, appuyée sur les ventes DVF constatées, donne au notaire la base chiffrée nécessaire pour construire la donation la plus adaptée à la situation familiale.

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Questions fréquentes

Quel est l’intérêt de donner la nue-propriété plutôt que la pleine propriété ?

Les droits de donation ne portent que sur la valeur de la nue-propriété, calculée selon l’âge du donateur au jour de l’acte (article 669 du CGI), et non sur la valeur totale du bien. Le donateur conserve en plus l’usufruit — l’usage du bien ou ses loyers — jusqu’à son décès, où les enfants récupèrent la pleine propriété sans droits supplémentaires.

L’abattement de 100 000 € se renouvelle-t-il vraiment ?

Oui, tous les quinze ans, par parent et par enfant. Un couple avec deux enfants peut ainsi transmettre jusqu’à 400 000 € en franchise de droits sur une génération de donations, puis recommencer quinze ans plus tard. Ce montant est gelé jusqu’au 31 décembre 2028 par la loi de finances 2026.

Donner sa résidence secondaire réduit-il l’IFI ?

Donner la nue-propriété d’un bien démembré sort en principe sa valeur de l’assiette imposable du donateur au titre de l’impôt sur la fortune immobilière, l’usufruitier n’étant en général imposé que sur la valeur de son usufruit. Une étude de référence sur la fiscalité française (Arrondel et Laferrère, 2001) montre d’ailleurs que la probabilité de donner à ses enfants augmente sensiblement chez les propriétaires soumis à un impôt sur la fortune.