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Payer la prestation compensatoire avec un bien immobilier : fiscalité et pièges à éviter en Charente-Maritime

Plutôt que de verser une somme en numéraire, un ex-époux peut s’acquitter de la prestation compensatoire en cédant à l’autre un bien immobilier, une résidence secondaire sur l’Île de Ré ou un appartement locatif à La Rochelle. La démarche allège souvent les droits d’enregistrement, mais elle cache un piège fiscal méconnu — et un texte de 2026 change la donne pour celui qui la reçoit.

Une dette entre ex-époux, pas un partage de bien commun

Il ne faut pas confondre deux mécanismes qui interviennent tous deux au moment d’un divorce, mais qui obéissent à des logiques opposées. Notre guide sur la vente d’un bien lors d’un divorce traite du partage d’un logement acheté à deux : vente, rachat de soulte ou attribution préférentielle. La prestation compensatoire répond à une autre question, posée par l’article 270 du code civil : compenser la disparité de niveau de vie que le divorce crée entre les ex-époux, indépendamment de la question de savoir qui possède quoi. Concrètement, l’époux le plus aisé doit une somme à l’autre — et l’article 274 du code civil autorise à régler cette dette non seulement en argent, mais aussi par l’attribution en propriété, en usufruit ou en droit d’usage d’un bien, y compris un bien qui lui appartenait en propre avant le mariage et qui n’entre donc dans aucun partage. C’est ce cas de figure, fréquent quand l’un des époux possède une maison de famille en Aunis ou un studio étudiant proche des facultés rochelaises acquis avant l’union, qui pose des questions fiscales spécifiques.

Des droits d’enregistrement nettement réduits

Premier avantage, souvent la motivation première du choix : l’attribution d’un bien en paiement d’une prestation compensatoire échappe aux droits de mutation classiques d’environ 5,80 % détaillés dans notre guide sur les frais de notaire. Si le bien attribué relève d’un partage — parce qu’il était commun ou détenu en indivision par les ex-époux — c’est le droit de partage à taux réduit de 1,10 % qui s’applique, comme pour une soulte de divorce. Si le bien attribué est un bien propre de l’époux débiteur, non concerné par un partage, le code général des impôts (article 1133 ter) prévoit un régime de faveur spécifique : une taxe de publicité foncière réduite, de l’ordre de 0,715 % de la valeur du bien, à laquelle s’ajoute la contribution de sécurité immobilière. Dans les deux cas, la facture notariale reste sans commune mesure avec celle d’un achat classique — un point qui mérite néanmoins d’être confirmé avec le notaire, ces taux pouvant évoluer d’une loi de finances à l’autre.

Le piège méconnu : une plus-value imposable pour celui qui donne le bien

Ce que beaucoup de couples découvrent tardivement, souvent après avoir signé la convention : l’administration fiscale considère que l’attribution d’un bien propre en paiement d’une prestation compensatoire constitue une cession à titre onéreux, exactement comme une vente. Si le bien cédé n’est pas la résidence principale de l’époux débiteur au moment du transfert — le cas typique d’une résidence secondaire sur l’Île de Ré ou d’Oléron, ou d’un bien mis en location — la plus-value réalisée depuis l’achat initial est imposable dans les conditions habituelles, avec les abattements pour durée de détention détaillés dans notre guide sur la plus-value des résidences secondaires. Autrement dit, transmettre un bien plutôt que de l’argent peut alléger les droits d’enregistrement tout en faisant naître, pour celui qui s’en sépare, un impôt sur la plus-value auquel il n’aurait pas pensé — un arbitrage à chiffrer avant de signer, pas après.

Une réduction d’impôt pour le débiteur, sous conditions de délai

En contrepartie, l’époux qui règle sa prestation compensatoire en capital — en numéraire ou par l’attribution d’un bien ou d’un droit — dans les douze mois suivant le jugement de divorce définitif bénéficie d’une réduction d’impôt sur le revenu égale à 25 % des sommes ou de la valeur du bien versés, retenue dans la limite de 30 500 €, soit un avantage maximal de 7 625 € (article 199 octodecies du code général des impôts). Passé ce délai de douze mois, cet avantage disparaît et les versements ultérieurs, le plus souvent échelonnés sous forme de rente, basculent vers un tout autre régime fiscal — celui des pensions alimentaires.

Ce qui change en 2026 pour les versements échelonnés

Jusqu’à récemment, une prestation compensatoire versée sur une durée supérieure à douze mois suivait le régime des pensions alimentaires : déductible du revenu imposable du débiteur, mais imposable entre les mains du créancier, qui se retrouvait taxé sur une somme perçue pour compenser une situation de précarité relative — une incohérence dénoncée de longue date. La loi de finances pour 2026 (loi n° 2026-103 du 19 février 2026, portée par la députée Marie-Pierre Rixain) met fin à cette situation : les prestations compensatoires versées sur une durée de plus de douze mois ne constituent plus, désormais, un revenu imposable pour celui qui les reçoit, quelle que soit leur forme. Un changement qui peut rendre le paiement échelonné plus attractif qu’avant pour le créancier, à comparer au cas par cas avec un versement en capital assorti de la réduction d’impôt du débiteur.

Fixer une valeur incontestable avant de signer

Que l’attribution porte sur une maison en Aunis, un appartement du centre-ville de La Rochelle ou un pied-à-terre à Rochefort, sa valeur doit figurer dans la convention de divorce ou être fixée par le juge — et cette valeur sert de base à la fois au calcul des droits d’enregistrement et, le cas échéant, à celui de la plus-value. Une évaluation contestée après coup par l’un des ex-époux, ou jugée trop favorable à l’un d’eux, peut rouvrir un contentieux des années plus tard. Nos pages de prix DVF par commune, construites à partir des ventes réellement enregistrées par les notaires plutôt que d’une moyenne nationale, donnent une première base chiffrée et vérifiable ; pour un dossier de divorce, une estimation gratuite tenant compte de l’état réel du bien apporte l’élément objectif que le notaire ou l’avocat demandera de toute façon.

Ce que montre la recherche sur le partage des biens au divorce

La façon dont un patrimoine se répartit au moment d’un divorce reste, montre la recherche, rarement neutre entre les ex-conjoints. L’étude de Joni Hersch et Jennifer Bennett Shinall, « When Equitable Is Not Equal: Experimental Evidence on the Division of Marital Assets in Divorce » (Review of Economics of the Household, 2020), montre, à partir d’une expérience contrôlée, que des tiers chargés de répartir « équitablement » un patrimoine entre un époux actif et une épouse sans revenu d’activité lui attribuent systématiquement moins de la moitié des biens, quel que soit son niveau de diplôme. Un résultat qui ne se transpose pas mécaniquement au droit français, où la prestation compensatoire est fixée par un juge selon des critères légaux précis, mais qui rappelle pourquoi la valorisation exacte du bien attribué — et pas seulement son principe — mérite une attention particulière de la part de celui qui le reçoit.

Points de vigilance avant de signer la convention

Vous envisagez de régler une prestation compensatoire par l’attribution d’un bien autour de La Rochelle, de Rochefort ou sur l’Île de Ré, ou vous devez en évaluer un dans le cadre d’un divorce ? Consultez nos prix DVF par commune ou demandez une estimation gratuite pour objectiver la valeur du bien avant de signer.

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Questions fréquentes

Quelle différence entre une soulte de divorce et une prestation compensatoire réglée par un bien immobilier ?

La soulte solde le partage d’un bien détenu à deux (commun ou indivis) : celui qui garde le logement rachète la part de l’autre. La prestation compensatoire est une dette distincte, destinée à compenser l’écart de niveau de vie créé par le divorce, et peut être réglée avec n’importe quel bien du débiteur, y compris un bien qui lui appartenait en propre avant le mariage.

Quels droits d’enregistrement sont dus lors de l’attribution d’un bien en paiement d’une prestation compensatoire ?

Si le bien relève d’un partage (commun ou indivis), le droit de partage réduit de 1,10 % s’applique. S’il s’agit d’un bien propre de l’époux débiteur, c’est une taxe de publicité foncière réduite, de l’ordre de 0,715 %, qui s’applique en général — dans les deux cas, bien en dessous des frais d’un achat classique.

Donner sa résidence secondaire de l’Île de Ré à son ex-conjoint en paiement de la prestation compensatoire déclenche-t-il un impôt sur la plus-value ?

Oui, potentiellement : l’administration fiscale considère cette attribution comme une cession à titre onéreux. Si le bien cédé n’est pas la résidence principale du débiteur, la plus-value réalisée depuis l’achat est imposable, avec les abattements habituels pour durée de détention.

Qu’est-ce qui a changé en 2026 pour la fiscalité de la prestation compensatoire versée en rente ?

La loi de finances pour 2026 met fin à l’imposition du créancier sur les versements échelonnés sur plus de douze mois : ces sommes ne constituent plus un revenu imposable pour celui qui les reçoit, quelle que soit leur forme, alors qu’elles relevaient auparavant du régime des pensions alimentaires.