Vendre une maison héritée en indivision autour de La Rochelle : ce que change la loi du 7 avril 2026
Maison de famille sur l’Île de Ré, longère de l’Aunis ou pavillon rochelais transmis à plusieurs héritiers : la vente d’un bien en indivision successorale reste une situation fréquente et souvent bloquante. Une loi votée au printemps 2026 change enfin la donne pour les héritiers majoritaires.
Une situation très courante sur le littoral charentais
Entre les maisons de village de l’Île de Ré, les propriétés ostréicoles du secteur de Marennes-Seudre et les pavillons de l’agglomération de La Rochelle transmis de génération en génération, une part significative des ventes de notre secteur intervient après une succession. Or dès qu’un défunt laisse plusieurs héritiers, le bien immobilier tombe automatiquement en indivision : chaque héritier détient une quote-part du bien tout entier, sans qu’aucun ne possède une partie physiquement identifiée. Vendre suppose alors, en principe, l’accord de tous — ce qui, dans une fratrie de trois ou quatre héritiers, ne va pas toujours de soi, en particulier lorsque l’un d’eux souhaite conserver la maison de famille pour un usage personnel ou saisonnier.
Ce qu’un héritier peut décider seul, et ce qu’il ne peut pas
Le code civil distingue deux catégories d’actes. Les actes de gestion courante (entretien, souscription d’une assurance, mise en location saisonnière du bien) ne nécessitent, depuis la réforme du 12 mai 2009, que l’accord des indivisaires représentant au moins deux tiers des droits indivis. En revanche, un acte de disposition — et la vente en est le principal exemple — a toujours exigé, sauf exception, l’unanimité des héritiers. Il suffisait donc historiquement qu’un seul héritier minoritaire refuse de signer pour bloquer indéfiniment la vente d’une maison de famille, même lorsque tous les autres souhaitaient s’en séparer.
Le recours judiciaire existant depuis 2009 : lourd et rarement utilisé
Face à ce blocage, l’article 815-5-1 du code civil permettait déjà, depuis 2009, aux héritiers détenant deux tiers des droits indivis de saisir le tribunal judiciaire pour obtenir l’autorisation de vendre malgré le refus d’un minoritaire. Dans la pratique, cette procédure restait peu utilisée : elle imposait d’engager directement une action en justice, avec les délais et les coûts associés, avant même de savoir si le juge autoriserait la vente. Beaucoup de familles renonçaient ou laissaient le bien se dégrader plutôt que d’ouvrir un contentieux entre héritiers.
Ce que change la loi n° 2026-248 du 7 avril 2026
Promulguée le 7 avril 2026, la loi visant à simplifier la sortie de l’indivision et la gestion des successions vacantes ne modifie pas le seuil des deux tiers, mais elle en change radicalement la procédure d’accès. Concrètement :
- Les héritiers représentant au moins deux tiers des droits indivis peuvent désormais manifester leur intention de vendre directement devant notaire, sans avoir à saisir le tribunal en premier lieu.
- Le notaire dispose d’un mois pour notifier ce projet de vente aux héritiers minoritaires, et procède à sa publication dans un journal d’annonces légales du lieu de situation du bien, ainsi que par affichage et sur un site internet dédié.
- Les héritiers minoritaires disposent ensuite d’un délai de trois mois pour s’opposer au projet ou se manifester auprès du notaire.
- En l’absence d’opposition, le notaire dresse un procès-verbal de carence et le tribunal judiciaire peut alors autoriser la vente, à condition qu’elle ne porte pas une atteinte excessive aux droits des indivisaires minoritaires.
Autrement dit, la vente reste soumise à un contrôle judiciaire final, mais la voie d’accès n’est plus un procès à ouvrir en premier, plus rapide et moins coûteuse pour des héritiers qui, dans la majorité des cas, sont simplement en désaccord sur l’opportunité de vendre plutôt qu’en conflit ouvert.
Ce qui protège toujours l’héritier minoritaire
Le Sénat a explicitement refusé, lors des débats, d’abaisser ce seuil à la simple majorité, jugeant qu’une telle évolution porterait une atteinte disproportionnée au droit de propriété. Concrètement, un héritier qui détient plus d’un tiers des droits indivis ne peut toujours pas être contraint de vendre par cette voie : il conserve la possibilité de s’opposer dans le délai de trois mois, et le juge garde la main pour refuser la vente si elle lui cause un préjudice excessif — par exemple s’il occupe effectivement le bien à titre de résidence.
Concrètement, comment se déroule une vente en indivision après succession
Pour une maison de famille à Ars-en-Ré, à Saint-Pierre-d’Oléron ou dans un village de l’Aunis, la première étape reste, dans l’immense majorité des cas, l’entente amiable entre héritiers plutôt que le recours à cette procédure : le notaire chargé de la succession réunit les cohéritiers, présente une estimation du bien et organise la vente une fois un accord trouvé. La procédure issue de la loi du 7 avril 2026 n’intervient qu’en cas de blocage persistant, lorsque le dialogue entre héritiers n’aboutit pas et que le seuil des deux tiers est atteint.
Dans les deux cas, un point reste déterminant : partir d’un prix de vente objectif plutôt que d’une valeur affective ou d’une estimation approximative. Une maison de famille suscite souvent des avis très différents entre héritiers sur sa valeur réelle — celui qui souhaite la garder a tendance à la sous-évaluer, celui qui veut vendre vite à la surévaluer. Les ventes réellement constatées (base DVF) sur la commune restent le seul repère neutre pour trancher ce désaccord avant qu’il ne s’envenime.
La fiscalité : ce qu’il faut savoir avant de vendre
Au décès, le bien est évalué dans la déclaration de succession, et chaque héritier en ligne directe (enfant) bénéficie d’un abattement de 100 000 € sur les droits de succession, avant application d’un barème progressif. Lorsque la vente intervient rapidement après le décès, à un prix proche de la valeur déclarée dans la succession, la plus-value immobilière imposable est souvent faible, voire nulle, puisque le prix d’acquisition retenu pour son calcul est la valeur du bien au jour du décès, et non le prix payé des décennies plus tôt par les parents ou grands-parents. Ce mécanisme, ainsi que le calcul complet de la plus-value pour une résidence secondaire, est détaillé dans notre guide sur la plus-value immobilière sur l’Île de Ré et à Oléron.
Ce qu’il faut faire dès l’ouverture de la succession
- Mandater rapidement le notaire chargé de la succession et lui demander une évaluation du bien fondée sur les ventes réelles du secteur, pas seulement sur une valeur déclarative approximative.
- Clarifier entre héritiers, le plus tôt possible, qui souhaite conserver le bien et qui souhaite vendre : la majorité des blocages viennent d’un dialogue qui s’enlise plutôt que d’une opposition ferme et définitive.
- Faire réaliser les diagnostics obligatoires avant la mise en vente, en particulier sur un bien ancien resté inoccupé plusieurs mois ou années.
- En cas de désaccord persistant, se faire accompagner par le notaire sur la procédure des deux tiers issue de la loi du 7 avril 2026, plutôt que de laisser la situation se figer pendant des années.
Vous héritez d’un bien en indivision autour de La Rochelle, sur l’Île de Ré ou à Oléron et vous vous interrogez sur sa valeur réelle ou sur la marche à suivre pour le vendre ? Demandez une estimation gratuite : nous aidons les héritiers à s’accorder sur un prix objectif, et à préparer sereinement la vente avec leur notaire.