Location saisonnière sur l’Île de Ré et à Oléron : ce que change la loi Le Meur en 2026
Enregistrement national, DPE obligatoire, quota et autorisation de changement d’usage sur l’Île de Ré : la loi Le Meur transforme la location saisonnière. Pour les propriétaires du littoral charentais, la question se pose désormais aussi en ces termes : continuer à louer, ou vendre ?
Une loi qui rebat les cartes de la location saisonnière
La loi n° 2024-1039 du 19 novembre 2024, dite « loi Le Meur », est la réforme la plus importante de la location touristique meublée depuis une quinzaine d’années. Elle touche directement les propriétaires de meublés de tourisme de l’Île de Ré, d’Oléron et du bassin de la Seudre, où le poids de la location saisonnière dans le parc immobilier est particulièrement élevé. Quatre volets se combinent : un enregistrement national obligatoire, un DPE désormais exigé pour louer, de nouveaux pouvoirs donnés aux communes pour limiter le nombre de meublés, et un régime fiscal resserré pour les logements non classés.
L’enregistrement national : où en est-on réellement à l’été 2026
La loi prévoyait la généralisation d’un téléservice national d’enregistrement au plus tard le 20 mai 2026 : chaque meublé de tourisme doit obtenir un numéro d’enregistrement à treize caractères, à afficher sur toutes les annonces, y compris sur Airbnb, Booking ou Abritel. Dans les faits, le déploiement complet de la plateforme nationale a été reporté au quatrième trimestre 2026 par les pouvoirs publics : le portail n’est pour l’instant ouvert qu’en version bêta pour les communes qui en ont fait la demande, et les plateformes de réservation ne retirent pas encore les annonces dépourvues de numéro tant que le dispositif n’est pas pleinement opérationnel.
Concrètement, cela ne dispense pas de se préparer : la date légale du 20 mai 2026 reste inscrite dans la loi, et les sanctions prévues en cas de défaut d’enregistrement (jusqu’à 10 000 €) ou de fausse déclaration (jusqu’à 20 000 €) s’appliqueront dès que le téléservice sera pleinement en service. Pour un propriétaire qui loue déjà en saisonnier sur notre secteur, mieux vaut réunir les pièces nécessaires — titre de propriété, DPE, éventuelle autorisation de changement d’usage — plutôt que d’attendre l’ouverture définitive du portail.
Le DPE, nouveau critère de sélection des meublés de tourisme
Depuis novembre 2024, un logement mis pour la première fois en location saisonnière dans une zone tendue doit afficher un DPE compris entre A et E. L’objectif affiché par la loi est d’étendre progressivement cette exigence à l’ensemble du parc de meublés de tourisme, avec une échéance à horizon 2034 pour atteindre la classe D. Sur l’Île de Ré et le pourtour de Marennes-Oléron, où une part significative du bâti ancien loué en saisonnier reste classée F ou G, ce mouvement rejoint une tendance déjà à l’œuvre : les plateformes et les conciergeries professionnelles intègrent de plus en plus le DPE dans leur sélection, indépendamment même de toute obligation légale. Nous détaillons les enjeux propres aux logements F et G dans notre guide sur le DPE et l’interdiction de location, qui vaut aussi, avec quelques nuances, pour le meublé de tourisme.
Le cas très spécifique de l’Île de Ré : quota et autorisation de changement d’usage
C’est sans doute le volet le plus concret pour les propriétaires de l’île : depuis le 1ᵉʳ juin 2025, la Communauté de communes de l’Île de Ré applique une délibération instaurant un plafond global de 2 781 meublés de tourisme pour l’ensemble des dix communes de l’île, avec une limite de deux autorisations par propriétaire (personne physique ou morale). Pour louer un logement en meublé de tourisme sur l’île, une autorisation de changement d’usage est désormais obligatoire, sauf pour une résidence principale louée moins de 120 nuits par an, qui reste hors de ce régime.
Une fois le quota atteint dans une commune donnée, plus aucune autorisation n’est délivrée : le propriétaire est placé sur liste d’attente et recontacté par mail dès qu’une place se libère, avec un délai d’un mois pour confirmer sa demande. Les sanctions sont dissuasives : de 5 000 à 10 000 € pour un défaut d’enregistrement ou d’affichage du numéro, jusqu’à 50 000 € en cas de location sans autorisation de changement d’usage. Pour un propriétaire qui envisage d’acheter à Saint-Martin-de-Ré, à Ars-en-Ré ou dans un autre village de l’île avec un projet de location saisonnière, vérifier la disponibilité du quota communal avant de signer une offre est devenu une étape aussi importante que l’étude du prix au m².
Des marges de manœuvre nouvelles pour les autres communes du secteur
Au-delà du cas de l’Île de Ré, la loi Le Meur donne à toute commune française la possibilité, par simple délibération du conseil municipal, de rendre obligatoire l’autorisation de changement d’usage, de réduire de 120 à 90 jours par an la durée de location d’une résidence principale, et de fixer des quotas de meublés de tourisme dans les zones comptant plus de 20 % de résidences secondaires. Ces outils ne sont pas encore activés partout : chaque propriétaire loueur, que ce soit à Oléron, dans le bassin de la Seudre ou sur le littoral de l’agglomération de La Rochelle, a intérêt à vérifier auprès de sa mairie si une délibération de ce type a été prise ou est à l’étude, la situation pouvant évoluer commune par commune dans les prochains mois.
Impact fiscal : l’abattement resserré pour les meublés non classés
Le régime micro-BIC applicable aux revenus de location meublée a également été révisé : pour un meublé de tourisme non classé, le plafond de recettes ouvrant droit au régime micro passe à 15 000 € avec un abattement de 30 %, contre 77 700 € et un abattement de 50 % pour un meublé classé (une à cinq étoiles). L’écart, désormais important, incite les propriétaires loueurs à faire réaliser le classement officiel de leur bien — une démarche gratuite ou peu coûteuse auprès d’un organisme agréé — plutôt que de rester dans la catégorie non classée, nettement moins favorable fiscalement qu’auparavant.
Continuer à louer, ou vendre : comment trancher
Pour un propriétaire d’un bien loué en saisonnier sur l’Île de Ré, à Oléron ou dans le secteur de Marennes, la combinaison de ces contraintes — quota parfois saturé, DPE à mettre à niveau, fiscalité resserrée pour les logements non classés — change concrètement le calcul de rentabilité. Certains biens, notamment ceux mal classés énergétiquement et détenus par des propriétaires qui n’ont plus vocation à s’investir dans une mise en conformité (classement, travaux DPE, démarches administratives), sont aujourd’hui plus simples et parfois plus rentables à vendre qu’à continuer d’exploiter en location de courte durée. D’autres, bien positionnés et déjà conformes, conservent tout leur intérêt patrimonial : nous détaillons les arbitrages entre secteurs dans notre guide sur l’investissement locatif autour de La Rochelle, et les spécificités de l’achat sur l’île dans notre guide dédié à l’Île de Ré.
Avant de trancher, partez toujours des prix réellement constatés sur votre secteur plutôt que d’une estimation approximative : nos pages de prix DVF pour l’Île de Ré et l’Île d’Oléron donnent une base fiable. Vous vous interrogez sur l’avenir de votre location saisonnière face à ces nouvelles règles ? Demandez une estimation gratuite : nous vous aidons à comparer le produit net d’une vente à celui d’une location conforme aux nouvelles obligations.