Les Essards : un village de défricheurs entre Rochefort et Saintes, sur un plateau argileux
Une population qui a presque doublé depuis 1975, un nom qui raconte le défrichement d’une forêt disparue, une paroisse mentionnée dès 1121 — et 96 % de la commune classée en aléa argile. Ce qu’il faut savoir avant d’acheter ou de vendre dans ce village de Saintonge, à une dizaine de kilomètres de Saintes.
Un village dont le nom dit l’origine
Les Essards comptent 740 habitants (INSEE 2023) sur seulement 9,66 km², soit une densité de 77 habitants au kilomètre carré — élevée pour un village de ce secteur. La commune relève de la Communauté de communes Cœur de Saintonge, dont le siège est à Saint-Porchaire et qui porte ce nom depuis le 29 août 2019, après s’être appelée Charente-Arnoult-Cœur de Saintonge : beaucoup de fiches en ligne utilisent encore l’ancienne dénomination. Elle appartient au canton de Saint-Porchaire et à l’arrondissement de Saintes, dont le centre est à une douzaine de kilomètres.
Le toponyme vient du bas latin exsarta, « terres défrichées ». Le territoire était vraisemblablement couvert par la forêt du Baconnais jusqu’au XIe siècle, avant d’être défriché. Un point à ne pas mal interpréter : ce massif historique a disparu, et les 15,4 % de forêt que recense aujourd’hui l’occupation des sols correspondent à des boisements privés morcelés, non à une forêt domaniale. La commune est limitrophe de Saint-Sulpice-d’Arnoult, Saint-Porchaire, Plassay, Saint-Georges-des-Coteaux, Soulignonne et Nieul-lès-Saintes.
Une paroisse de 1121, une église de 1157
La paroisse est mentionnée dès 1121 sous le nom d’Essartis. L’église apparaît quant à elle en 1157 dans une bulle du pape Adrien IV, qui cite « l’église des Essards et toute la Seigneurie » ; elle dépendait alors du prieuré de Montierneuf de Poitiers. Vers 1380, l’effondrement des voûtes a gravement compromis l’usage de l’édifice, qui a perdu au fil des siècles ses voûtes, son clocher d’origine et son abside.
L’église Saint-Nicolas actuelle est romane, du XIIe siècle, sur plan en croix latine, avec trois chapelles ajoutées entre les XIVe et XVe siècles, une fenêtre de chevet de style gothique et un écusson en bois du XVIIIe siècle. Son clocher, carré et couvert d’ardoise, se dresse au sud de la nef, en remplacement de celui qui se trouvait devant le chœur. Sa cloche, fondue à Saintes en 1828 et pesant 850 kg, porte le nom de « Rose Angélique des Essards ». Aucun édifice de la commune n’est protégé au titre des monuments historiques — une notice ministérielle concernant une « église Notre-Dame des Essards » inscrite en 1926 se rapporte à une commune homonyme d’Indre-et-Loire et ne s’applique pas ici. L’absence de protection signifie l’absence de périmètre d’abords, donc pas d’avis obligatoire de l’Architecte des Bâtiments de France sur le bourg lui-même — un point qui reste à vérifier au cas par cas pour les parcelles proches des limites communales, le château de la Roche Courbon se trouvant à Saint-Porchaire.
Le village conserve aussi le puits de l’ancienne gare, qui alimentait en eau les locomotives de la ligne Saintes-Marennes, en service de 1903 à 1936, aujourd’hui disparue. Il est le lieu de naissance de l’historien André Baudrit, né le 18 octobre 1896, fils du notaire du bourg.
Une périurbanisation de Saintes très marquée
La trajectoire démographique est l’une des plus nettes du secteur. Après un maximum de 727 habitants en 1856, la commune décline jusqu’à un minimum historique de 390 habitants en 1975. Elle remonte ensuite sans interruption : 484 en 1999, 555 en 2006, 681 en 2012, 698 en 2017, 740 en 2023 — soit +90 % en un demi-siècle, dont plus de 52 % depuis 1999. C’est un profil de commune périurbaine de Saintes, comparable à celui que nous décrivons pour Plassay.
La commune dispose d’une école élémentaire, d’une boulangerie et d’une agence postale — un niveau d’équipement modeste mais réel, qui contribue à cette attractivité. La desserte est routière : l’A837 Saintes-Rochefort passe dans le secteur, avec un demi-échangeur sur la D122 desservant Saint-Porchaire et le château de la Roche Courbon, et la ligne de car régionale 13 relie Rochefort à Saintes via Saint-Porchaire. Attention en revanche à une confusion fréquente : il n’existe pas de gare voyageurs en service à Saint-Porchaire. Les gares utilisables sont celles de Saintes et de Rochefort, sur la ligne La Rochelle – Rochefort – Saintes – Bordeaux.
Des boisements privés, et ce que vaut la proximité d’un bois
Avec 62,2 % de terres arables, 22,5 % de zones agricoles hétérogènes et 15,4 % de forêt, Les Essards présentent un paysage de plateau cultivé ponctué de bois privés. Cette part boisée n’est pas neutre pour la valeur. Une étude de Liisa Tyrväinen et Antti Miettinen publiée en 2000 dans le Journal of Environmental Economics and Management, « Property Prices and Urban Forest Amenities », mesure sur le district finlandais de Salo qu’un kilomètre de distance supplémentaire à la forêt la plus proche correspond à une baisse de 5,9 % du prix d’un logement, et qu’un bien disposant d’une vue sur forêt se vend 4,9 % plus cher à caractéristiques comparables. Le contexte finlandais n’est évidemment pas celui de la Saintonge, et il s’agit de forêts urbaines gérées ; mais le mécanisme — l’aménité boisée se capitalise dans le prix — est robuste et se retrouve dans la littérature hédonique. Concrètement, à budget égal, une parcelle en lisière de bois se négociera au-dessus d’une parcelle en plein champ, ce que la médiane communale ne montre pas.
Le sujet technique : 96 % de la commune en aléa argile
C’est le point de vigilance dominant : 96,1 % de la superficie communale est classée en aléa moyen ou fort de retrait-gonflement des argiles. La commune cumule par ailleurs des arrêtés de catastrophe naturelle pour inondations et coulées de boue en 1982, 1999 et 2010, pour mouvements de terrain en 1999 et 2010, et pour sécheresse en 1989, 2003, 2005 et 2009. Sur un plateau argileux de Saintonge, la vente d’un terrain constructible impose la fourniture d’une étude géotechnique préalable de type G1, complétée par une étude G2 avant construction. Nos guides étude de sol et fissures et sécheresse détaillent ce que cela implique, et notre méthode de lecture du bâti ancien aide à repérer les signaux lors d’une visite.
Le marché
Sur 2023-2024, la base DVF recense 13 ventes de maisons aux Essards, pour une médiane de 1 826 € du m² (quartiles 1 393 et 2 133 €/m²) et un prix médian de 210 000 €. Le prix médian relativement élevé, combiné à un prix au mètre carré moyen pour le secteur, suggère un marché dominé par des maisons familiales de bonne surface — cohérent avec la nature périurbaine de la demande. Treize ventes sur deux ans restent toutefois un échantillon mince : notre tableau des prix du pays rochefortais permet de replacer ce chiffre.
Les points de vigilance avant d’acheter
- L’aléa argile sur 96,1 % du territoire et l’étude géotechnique obligatoire à la vente d’un terrain à bâtir.
- Le document d’urbanisme applicable, à vérifier avant tout projet — voir notre guide PLU, carte communale ou RNU.
- L’assainissement, à confirmer hors du bourg — voir notre guide SPANC.
- L’absence de gare à Saint-Porchaire : les trajets se font en voiture, ou en car sur la ligne régionale 13, avec les gares de Saintes ou de Rochefort comme points d’accès au réseau ferré.
- Les nuisances agricoles saisonnières d’une commune à dominante de grande culture — voir notre guide sur les nuisances agricoles.
Situer un prix aux Essards
Notre page des prix DVF des Essards détaille les quartiles. Comparez avec Saint-Porchaire, Plassay et Soulignonne, et consultez nos guides sur les villages voisins de Trizay, Crazannes et Sainte-Gemme. Pour un bien précis, demandez une estimation gratuite qui tienne compte de l’état réel du bâti et de la nature du sol.